Le lancement de la toute première Politique alimentaire pour le Canada

Ce que vous devez savoir

Marie-Claude Bibeau, ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, a annoncé la toute première Politique alimentaire pour le Canada le 17 juin 2019.

Le Réseau pour une alimentation durable ainsi que ses membres et collaborateurs demandent au gouvernement, depuis sa création en 2001, de se doter d'une politique alimentaire. La Politique alimentaire pour le Canada annoncée est révolutionnaire, notamment parce qu’elle reconnaît qu’une approche systémique est nécessaire pour relever les défis sociétaux liés à l’alimentation. Deux initiatives clés qui ont été au premier plan de nos efforts de plaidoyer ; Un Conseil consultatif canadien de la politique alimentaire et la participation du gouvernement fédéral à la création d’un programme d’alimentation scolaire d’envergure nationale sont incluses.

Le financement initial est extrêmement modeste lorsqu’on tient compte des visées plus larges de la politique et des défis croissants que doivent relever les Canadiens dans les domaines de l’environnement, de l’équité et de la santé en lien avec l’alimentation. Son succès dépendra de la façon dont elle sera appliquée et évoluera, ce que nous suivrons de près avec nos membres, partenaires et alliés, notamment ceux qui sont le plus touchés par ces enjeux, comme les communautés autochtones.

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Une politique alimentaire révolutionnaire pour le Canada – Tout le monde à table

Avec le lancement de la toute première politique alimentaire canadienne, le mouvement alimentaire a de quoi célébrer. La Politique alimentaire pour le Canada est révolutionnaire, notamment parce qu’elle reconnaît qu’une approche systémique est nécessaire pour relever les défis sociétaux liés à l’alimentation. Elle fournit une justification et le début d’un cadre de travail pour la prise de mesures pangouvernementales produisant des résultats à long terme mesurables. Des résultats prioritaires sont définis pour ce qui est de la résilience des collectivités, des liensconnexions entre les protagonistes du domaine alimentaire, de la durabilité, des systèmes alimentaires autochtones autodéterminés et de la croissance économique inclusive. Certains principes directeurs sous-tendent le tout.

Le Réseau pour une alimentation durable, ses membres et ses alliés ont œuvré ensemble pendant de nombreuses années pour mettre au point des approches et des politiques qui sont reflétées dans la nouvelle politique du gouvernement. En particulier, le Réseau pour une alimentation durable a piloté l’élaboration d’une proposition consensuelle avec des acteurs de la société civile et de l’industrie alimentaire, réclamant une gouvernance à plusieurs intervenants de la politique alimentaire. Cette proposition a été déterminante dans l’engagement du gouvernement fédéral à créer un Conseil consultatif canadien de la politique alimentaire, qui permettra de faire intervenir beaucoup plus de parties intéressées afin d’orienter l’évolution, la mise en œuvre et la surveillance de la politique alimentaire. La mise sur pied de coalitions et de campagnes stratégiques par la Coalition pour une saine alimentation scolaire et d’autres parties a également donné lieu à une percée en matière d’alimentation dans les écoles, c’est-à-dire la participation du gouvernement fédéral, avec les provinces, les territoires et des groupes sans but lucratif, à la création d’un programme d’alimentation scolaire d’envergure nationale. Grâce à ces éléments, La politique a le potentiel d’être transformatrice.

 

La politique ne s’attaque pas de front à la réalité cruelle de l’insécurité alimentaire telle que vécue par quatre millions de personnes au Canada, dont un nombre disproportionné de membres des communautés autochtones, racialisées et marginalisées.

 

Toutefois, le financement initial de 134,4 millions de dollars pour la prise de mesures à court terme (de 2019 à 2024) est extrêmement modeste lorsqu’on tient compte des visées plus larges de la politique et des défis croissants que doivent relever les Canadiens dans les domaines de l’environnement, de l’équité et de la santé en lien avec l’alimentation. La politique ne s’attaque pas de front à la réalité cruelle de l’insécurité alimentaire telle que vécue par quatre millions de personnes au Canada, dont un nombre disproportionné de membres des communautés autochtones, racialisées et marginalisées, et ce, malgré un alignement avec les objectifs de développement durable pour mettre un terme à la faim d’ici 2030 (objectif 2.1). En outre, la politique ne reconnaît pas explicitement la nécessité de soutenir les agriculteurs et entreprises alimentaires de taille micro, petite et moyenne, lesquels sont au cœur des systèmes alimentaires mondiaux et canadiens. On n’a pas indiqué, non plus, comment la nouvelle politique alimentaire cadrera avec les priorités actuelles du gouvernement qui sont formulées ailleurs et qui soutiennent très largement le système alimentaire industriel contemporain. Un risque subsiste donc, à savoir que les cibles de croissance agroalimentaire axée sur l’exportation continueront de l’emporter sur le milieu des politiques alimentaires au Canada, aux dépens d’enjeux critiques comme la lutte contre l’insécurité alimentaire, les effets néfastes de notre système alimentaire industriel sur la santé et le soutien pour une agriculture écologique et à l’épreuve des changements climatiques ainsi que pour les autres moyens d’existence durables. Ces lacunes et bien d’autres soulignent la nécessité d’implanter une approche plus solide et mieux financée.

 

La première politique alimentaire pour le Canada pourrait entraîner un changement de paradigme.

 

Néanmoins, la vision, la portée et les mécanismes de mesure et de reddition de comptes pangouvernementaux de la politique alimentaire ont le potentiel de véritablement changer les choses. Son succès dépendra de la façon dont elle sera appliquée et évoluera, ce que nous suivrons de près avec nos membres, partenaires et alliés, notamment ceux qui sont le plus touchés par ces enjeux, comme les communautés autochtones. La première politique alimentaire pour le Canada pourrait entraîner un changement de paradigme, à condition que l’on comble les lacunes mentionnées ci-dessus, que l’on mette en place un financement à la hauteur de la vision énoncée et que la politique soit mise en œuvre vigoureusement et à l’échelle du pays. Quoi qu’il en soit, le Réseau pour une alimentation durable continuera de promouvoir activement un système alimentaire plus sain, juste et durable dans le milieu des politiques alimentaires.

Pour une analyse plus approfondie de certains aspects de la politique, lisez notre article en anglais ici.

Lire certains articles parus dans les médias ou écrits par nos membres:

  • Analyse de la Politique alimentaire, Catherine Lefebvre pour Le Devoir.
  • Article de nouvelles, Radio-Canada
  • Article de nouvelles, Marque «Canada» pour 2020? Catherine Lévesque, La Presse
  • Analyse de la Politique alimentaire, Catherine Lefebvre pour 100 Degrés